CRITIQUE: Mutantès
“Je reviens dégoûté de cet étrange voyage” - Pierre Lapointe, Comme Si C’Était Hier
On a tous un artiste fétiche, une étoile montante que l’on aime bien suivre. Quand on y est depuis le début, quand on a vu un artiste passer de l’anonymat à la notoriété, quand cet artiste, tout en restant fidèle à lui-même et à ses ambititions, réussit à gagner le grand public, on se sent bien.
Puis, de façon sourde, on commence à se sentir nerveux. On n’ose pas y croire, mais on sait qu’un jour ou l’autre, dans la presque totalité des cas en fait, cet artiste auquel on croit va finir, à force de monter, monter et monter encore, par se cogner la tête au plafond. Dans le cas de Pierre Lapointe, manque de pot, il se trouvait sous le ventilateur lors de son ascension.
Après trois années à livrer de la magie aux Francofolies de Montréal (Pépiphonique, Voit Bleu/Voit Rouge et Symphonique), l’ami Pierrot semblait prêt à remettre la table pour une quatrième fois. Cette fois, la chose allait inclure de la danse, du théâtre et de l’art visuel en plus de la traditionelle offrande musicale. Tout semblait bien aller jusqu’à ce que…
Prostré dans mon salon, sans mots et sans idées, je devais me rendre à l’évidence: c’était banal. Le reste des gens dans le salon, eux, semblaient conquis. Étais-je complètement stupide ? Déconnecté ?
Je le pensais, jusqu’à ce que l’Oreille Gauche, en voyant le vidéo YouTube ci-haut, me confirme dans mon impression. Mathieu a même mis le doigt sur le problème avec une précision chirurgicale: ça sonnait comme une comédie musicale de Plamondon. Du texte faible et gémissant jusqu’aux instrumentations inutilement fournies et douloureusement prévisibles, le standard de qualité auquel Pierre Lapointe nous avait jusque là habitués s’était évaporé.
Malheureusement, le reste du spectacle est plus ou moins fidèle à cette direction. Certaines chansons démarraient avec des intro pourtant solides comme le roc avant d’évoluer en ballades rock somme toute assez monotones.
Restaient, tout de même, quelques beaux moments. Coulent Les Rires et L’Enfant De Ma Mère amenaient le Prince des Mal-Aimés dans de nouvelles directions, tandis que Nous Restions Là semblait être tout droit sortie du premier album tant elle était touchante et profonde. Reste que la chanson qui a volé la vedette en est une que nous connaissions déjà; une reprise sans instruments de Deux Par Deux Rassemblés où les voix des choristes semblaient porter celle de Lapointe, l’imbiber d’un lyrisme épatant.
Le reste du spectacle était tout aussi éparpillé. Les chorégraphies étaient pour la plupart embarrassantes, souvent constituées presque uniquement de courses semi-synchronisées d’un bout à l’autre de la scène, de vibrations arythmiques et de lovage surfait entre des partenaires à sexe variable. Donnons quand même à la troupe qu’elle savait jouer son rôle de choeur à merveille, mais ne lui donnons que ça, puisqu’elle ne mérite pas plus.
Les décors et la conceptions visuelle étaient les aspects les plus réussis du spectacle. Toujours pertinents et jolis, les jeux de lumière qui se sont suivis tout au long du spectacle comptent parmis les meilleurs que j’aie vus. Applaudissements nourris.
Restent les costumes. Ils étaient laids. Franchement désolé de n’en avoir rien d’autre à dire, mais c’est honnêtement tout. Si il y avait eu une histoire palpable, compréhensible, peut-être que j’aurais mordu. Mais là, il n’y en avait pas.
En fait, tout l’aspect dit “théâtral” du spectacle m’a semblé en avoir été évacué. Il n’y a pas de trame narrative, pas d’interventions, pas de liens. Juste une série de tableaux laissant entendre qu’un excès d’amour provoque une mutation et que Pierre Lapointe veut pisser sur Barcelone. Et Barcelone, selon ce que j’en comprends, serait une personne et non pas la ville bien connue. Il faudra donc donner à Pierre quelques tapes dans le dos: un spectacle dithyrambé par la critique qui traite, même de façon diffuse, de golden showers, ça ne s’était pas produit depuis que Brel a interprété Amsterdam, chanson qui elle aussi traitait également d’une ville connue. Coïncidence ? Ohhhh, je ne pense pas…
Au final, Mutantès constitue une oeuvre fonctionelle et inédite qui n’arrive pas à éblouir le fan fini de Pierre Lapointe en moi. Je me sens tenté de donner la note de passage, mais à 70$ le billet, les exigences pour obtenir la note passage sont nettement plus hautes que la simple création d’une oeuvre fonctionelle.
Dommage.
2.5/5
TRACKLISTING:
1 - Ces Étranges Lueurs (mix électro)
2 - Le Prisme Bienveillant
3 - Les Lignes De La Main
4 - Les Éphérites
5 - Tu Es À Moi
6 - L’Amour Solaire
7 - Coulent Les Rires
8 - L’Enfant De Ma Mère
9 - Saint-Jean Liquéfié
10 - Les Perles De Nos Yeux
11 - Je Reviendrai
12 - Au Bar Des Suicidés
13 - Nous Restions Là
14 - Les Sentiments Humains
15 - Ces Étranges Lueurs (version acapella)
16 - Deux Par Deux Rassemblés
17 - Le Halo Des Amoureux
18 - Tel Un Seul Homme
19 - Comme Si C’était Hier
20 - De Glace
21 - Le Cycle Des Lumières
22 - Les Petites Morts










C’est vrai que la chanson ne sonne pas comme du Pierre Lapointe.
“Je resterai”… on dirait qu’il veut rester à Star Académi
Il n’y a pas d’histoire qui fait rêver comme à l’habitude dans cette chanson
Une comédie musicale de Plamondon, j’abonde et j’ajoute “interprétée par Richard Martineau”.
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