John Coltrane, un homme noir
Je vous ai parlé, lors d’une récente émission, d’un livre sur le saxophoniste John Coltrane.
Coltrane, the story of a sound, par Ben Ratliff

Comme je l’ai dit, n’abordez pas ce livre si vous n’êtes pas un peu musicien. Ça peut être assez ardu. Mais pour ceux qui seront capable de s’y plonger, Coltrane: the story of a sound est une lecture très enrichissante. John Coltrane, le musicien, y est décrit de façon extrêmement complète. Durant 200 pages, on suit un homme à la poursuite de son son, de ce qui sera l’achèvement de l’acte musical, pour lui. Pour personne d’autre que lui.
Coltrane a repoussé les limites du saxophone et du jazz, mais il n’a pu le faire qu’après des centaines, des milliers d’heure de pratique et de recherche. Ce n’était tout simplement pas humain.
Mais ce qui est le plus époustouflant, c’est le résultat de cette recherche. De ses débuts en 1946, dans la marine jusqu’à sa mort en 1967, il est passé successivement par des stades totalement opposés.
Tout d’abord, il y eut un apprentissage des bases, des classiques du jazz. Ayant parfaitement avalé et digéré ce qui s’était fait avant lui, il s’est lancé dans une recherche harmonique qui l’a amené à tenter de faire entrer le plus de notes possibles sur un accord, à essayer de faire des gammes de plus en plus éloignées de ce qui devrait aller sur ces accords. Cette phase l’a amené à lancer l’album Giant Steps, un album plus important au niveau théorique qu’au niveau musical, il faut bien l’admettre.

À partir de ce point, les pièces de Coltrane commencent à se dépouiller. Les accords disparaissent pour laisser place au style modal, où l’on joue sur une seule gamme durant une période relativement longue (voir Kind of Blue de Miles Davis, pour entendre la chose clairement).
Plus Coltrane s’est avancé dans sa recherche, plus il a tenté de se détacher des règles qu’il avait lui-même aidé à instaurer. Pour la dernière période de sa vie, il lui arrivait de faire de longs solos, accompagné seulement d’une batterie. Quand ce n’était pas ce dépouillement, c’était le contraire, la surenchère de 3 saxophones, 2 batteries et 2 contrebasses.
John Coltrane avait quelque chose à sortir de lui. Un son, un cri. Un cri qui, contrairement à ce que plusieurs croient, n’avait rien de colérique.
Parti sur la route d’une recherche technique impossiblement fouillé, Coltrane est arrivé à un dénuement de cette technique. Comme un peintre qui travaillerait son art toute sa vie, à grand coup de portrait et de natures mortes, pour terminer en faisant de la peinture rupestre.
Le voyage du son de Coltrane est fascinant, parce que c’est la recherche d’un homme à la recherche de lui-même. La pratique extrême d’une forme d’art, la musique dans son sens le plus large, était l’outil de Coltrane pour arriver à l’absolu.
Le livre de Ben Ratliff a attiré mon attention sur un poème écrit par Michael S. Harper. Tiré du recueil Dear John, Dear Coltrane, il s’intitule Brother John.
Le poème, particulièrement les premières strophes, évoque le style de John Coltrane. Sa façon de prendre un petit motif de quelques notes, pour le retourner et le permuter de toutes les façons possibles. Les strophes suivantes évoquent aussi sa maîtrise du son blues. Les longues notes bleues suivies d’une cascade et de quelques permutations. Ce poème est la meilleure façon d’écrire sur le son de Coltrane.
Je vous propose de le lire en écoutant Wise One, un bon exemple de ce style.
Brother John - Michael S. Harper
Black man:
I’m a black man;
I’m black; I am
A black man; black
I’m a black man;
I’m a black man;
I’m a man; black
I am
I am Bird
baddest night dreamer
on sax in the ornithology-world
I can fly–higher, high, higher
Miles, blue haze,
Miles high, another bird,
more Miles, mute,
Mute Miles, clean,
bug-eyed, unspeakable,
Miles, sweet Mute,
sweat Miles, black Miles;
I’m a black man;
I’m black; I am;
I’m a black man–
Trane, Coltrane; John coltrane;
it’s tranetime; chase the Trane;
it’s a slow dance;
it’s the Trane
in Alabama; acknowledgment,
a love supreme,
it’s black Trane; black;
I’m a black man; I’m black–
I am, I’m a black man -
Brother John, Brother John
plays no instrument;
he’s a black man; black;
he’s a black man; he is
Brother John; Brother John–
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Pour ceux qui n’aient pas trop lire, voici le poème récité par son auteur, accompagné à la clarinette par Paul Austerlitz.
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Pour ceux qui trouvent tout ça trop sérieux, sachez que le 4e chat des Simpsons est le seul à ne pas s’être appelé Snowball. Il s’appelait… Coltrane. Il ressemble d’ailleurs un peu au saxophoniste.


Dans l’épisode où il apparait, Lisa lui joue du Coltrane au saxophone, le petit chat prend peur, saute par la fenêtre et meurt. C’est un peu ce qui risque d’arriver si vous faites jouer à votre visite quelques airs du disque Ascension…

















Excellent,bel hommage sans fioriture,tout simplement…Mais quel musicien!…bordel de merde.
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