Si le nom de Bingo Gazingo n’évoque rien pour vous, dites-vous simplement qu’il s’agit d’un slammeur avant l’heure, d’un improbable “poète” New Yorkais. Ancien employé de la poste, personne ne connaît vraiment son âge ni son occupation actuelle. Il passe la majeure partie de son temps à errer dans la grosse pomme, où il s’est un peu fondu au décor.
Mais pas les Lundi.
Non, les Lundi, Bingo Gazingo déclame sa poésie au Bowery Poetry Club, où il est presque devenu une attraction. Un lecteur cassette derrière un micro lui sert de trame sonore pour déclamer, sans dents (ou presque) ni gêne, des odes traitant autant de Beavis And Butthead que de Kenny G, Michael Jackson ou Madonna. Au milieu des références à la culture pop, le vieil homme insère aussi des textes déroutants tels que “I Love You So Fucking Much I Can’t Shit” ou “Everyday I Leave Ten Dollars on the Table”.
D’anonyme à phénomène de foire, Bingo Gazingo a collaboré avec My Robot Friend (c’est d’ailleurs comme ça que je l’ai découvert), a été élu Best Dirty Old Man par le Village Voice en 2003, s’est fait produire un album par WFMU, une radio libre de New York et a, durant toutes ces années, conservé sa tribune hebdomadaire au Bowery Poetry Club.
Un phénomène presque viral, analogue à ce que Normand L’Amour a plus brièvement connu ici et qui pourrait aussi rappeler l’improbable (bien que marginal) succès de feu Wesley Willis, diagnostiqué schizophrène. Dans les trois cas, on rit plus de l’homme qu’avec lui, ce qui pousse une question à émerger: quand est-ce que la dignité disparaît au profit d’une affection mal dirigée ? Peut-on vraiment se permettre de laisser ces gens-là, peu importe la nature de leurs problèmes, devenir unidimensionnels aux yeux de tous ?
Le musicien Leo Abrahams, en collaborant avec Bingo Gazingo l’an dernier, a tenté de répondre à cette question-là. Le résultat est étonnant: la chanson 2000 Years From Now et son vidéo nous montre ce qui se passe quand le clown est triste, même si peut-être pas si triste que ça, mais aussi la fierté d’un travail aussi absurde qu’accompli. C’est un nouveau regard, ça fait du bien, et c’est ma vidéo doudoune du jour.
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